Chez Agnès : le petit café familial qui aide à vivre

PORTRAIT DE PANTINOIS

A l’heure du Pantin qui bouge, rencontre avec Sofia et Max qui ont repris les rênes du restaurant-institution Chez Agnès au bord du canal de l’Ourcq.

C’est un duo sympathique qui nous reçoit. Lui, Max, le fils d’Agnès, dans la jeune trentaine, qui depuis 12 ans grandit au sein de ces murs, et Elle, Sofia, sa femme, 25 ans, qui n’a pas sa langue dans sa poche et qui est tombée sous le charme du lieu. Le bac en poche, Max s’est mis à travailler Chez Agnès. « Quand tu es l’ainé, il y a une sorte de logique ». Il est là du matin 9h/10h jusqu’à minuit, 6 jours sur 7, et il essaye de plus en plus de garder du temps pour sa famille, surtout qu’il vient récemment d’être papa. Sofia, elle, est diplômée en droit des affaires, mais a toujours travaillé à côté de ses études dans la restauration, et a ça dans le sang. Depuis son arrivée, 4 ans, elle fait son possible pour apporter des nouveautés, faire évoluer le restaurant, attirer des jeunes et les fidéliser, mettre en place des after work… Elle parle même prochainement, pourquoi pas, de soirées speed dating. Au quotidien, ils sont une équipe de 5 personnes : Sofia (qui est actuellement en fin de congé maternité), Max, le cuisinier et deux commis. En haute saison, ils embauchent 2 personnes en plus. Quand on les questionne sur les valeurs du lieu, Sofia répond : « On reste le petit café familial, toutes les générations se retrouvent, on veut garder tout le monde ». Ces valeurs étaient celles d’Agnès, et ils tiennent coûte que coûte à les préserver.

Chez Agnès, c’est d’abord une deuxième maison. Ils accueillent différentes associations et leurs activités (le café philo, les compagnons du devoir, pendant longtemps la salsa avec les couleurs du temps…), soutiennent des projets artistiques et culturels, « prêtent la salle facilement si les gens ont besoin »… Ils se disent être des commerçants de quartier et vouloir rester proches des gens. « On est le dépôt, on dépanne beaucoup les autres ». Ils gardent souvent des clefs, des poussettes, parfois même des trottinettes, car quelqu’un passera les récupérer plus tard… C’est une institution humaine et sociale qui aide à vivre. Sofia et Max souhaitent faire savoir qu’ils restent ouverts à d’autres partenariats. « Le côté associatif, culturel, c’est quelque chose que nous souhaitons poursuivre dans le temps ».

Nous rencontrons Tonio, le plus ancien des habitués de la maison, qui est aussi – malgré 50 ans de différence d’âge – leur témoin de mariage. « Cela fait au moins 60 ans que c’est un bar ici. Avant, c’était un bar de pêcheurs, on y vendait même des permis de pêche ». Il y a 15 ans, avant le Chez Agnès qu’on connaît, c’était un dénommé Julio qui officiait, et il avait fait du restaurant un véritable repère de portugais. Ils jouaient des heures entières au domino, à la belote portugaise, au rami… D’ailleurs, Sofia et Max ont gardé à la carte certaines spécialités portugaises le vendredi comme la morue, des boissons comme la Super Bock, et des desserts… Tonio habite à Pantin depuis 1970, il connaît bien le coin. On lui demande son avis sur sa ville et ses évolutions récentes, il répond qu’il perçoit plus de positif que de négatif, mais qu’il déplore « l’ancienne culture sociale qui était vachement plus mélangée ».

Le père de Max – il y  a 12 ans – a eu du flair et a repéré tout de suite ce lieu. Max se souvient : « Il n’y avait personne, c’était drôle, quand on sortait les tables, les gens s’arrêtaient en pensant qu’on faisait une brocante ». De leur restaurant turc à Montreuil, ils débarquent à Pantin et montent Chez Agnès. C’était parti. Sofia rappelle : « C’était un petit bar de quartier, il n’y avait pas de filles, ça ouvrait très tôt le matin pour les ouvriers et le soir c’était fermé, la zone était encore en chantier, on faisait des pizzas et deux plats du jour… ». A l’époque, Chez Agnès accueille pour le déjeuner essentiellement une clientèle de bureaux, une trentaine de personnes chaque midi.

Avec l’arrivée de l’agence de pub BETC et « les gens du 19e », qui amènent selon Sofia une plus-value à Pantin, ils ont opéré de véritables changements. « Par exemple, BETC a fait évoluer notre carte des alcools. Faire venir le spritz Chez Agnès, cela a été quelque chose ». Aujourd’hui, les clients déjeunent dans la salle du bas. Les horaires ont changé, « On commence plus tard, et on ferme aussi plus tard ». Quand les salariés de BETC sont arrivés, seule l’enseigne pouvait accueillir 40 à 50 personnes en after-work dans le quartier… « Aujourd’hui, on voit des filles en terrasse, c’est nouveau ». Ils proposent désormais un brunch à la carte, à moins de 13 euros, qui fonctionne déjà bien. Sofia et Max sont contents de cette nouvelle mixité, mais regrettent que certains jeunes qui souhaitent entreprendre dans les nouveaux quartiers rencontrent des difficultés, et aimeraient voir aussi fleurir de nouveaux commerces de proximité (un boulanger, un boucher, un chocolatier…). Dans les projets en cours et à venir, il y a l’envie de trouver les fonds nécessaires et d’investir dans le restaurant. Ils aimeraient construire une chambre froide pour être en mesure de proposer des pizzas du jour, des plats plus élaborés et variés. Le système actuel les pénalise encore trop dans la proposition qu’ils peuvent faire en termes de menu. Sofia ajoute « On trouve que la salle du restaurant en bas est encore trop sombre, on aimerait ouvrir, et installer une toute nouvelle cuisine ». Ils espèrent que les « décisionnaires » seront de de leur côté et qu’ils auront la possibilité de réaliser prochainement ces projets. « Beaucoup de choses, aujourd’hui, se passent du côté de la place de la Pointe, et on n’a pas fini d’évoluer ».

Elisa Palmer

Photos : Franck Pouch

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